samedi 7 juin 2014

Trac !


La déprime est toute proche, je le sais.

Comme à chaque fois que je m’apprête à jouer sur scène, le trac, déjà présent depuis quelques jours, est à son comble quelques heures avant le moment d’être sous les feux de la rampe. Il me remplit toute entière.

Depuis une semaine environ, à chaque fois que je pensais à la représentation de ce soir, j’avais comme un fourmillement dans le cœur, un vertige dans l’estomac, un frisson le long du corps, et je voyais comme des étoiles tout autour. Je prenais une profonde inspiration, vidais mes poumons, et tout rentrait dans l’ordre. Mais cela me prenait de plus en plus souvent à mesure que le temps passait.

Aujourd’hui, c’est différent. Depuis que je suis réveillée ce matin, je ne pense qu’à ça. Le frisson s’est mué en tremblement, et il est quasi permanent. Mon ventre gargouille comme jamais, mon cœur bat bien plus vite que d’habitude, et c’en devient très inconfortable car c’est constant, je suis essoufflée en permanence. J’ai tâché de m’occuper toute la journée, pour éviter le stress de m’envahir, j’ai essayé de me raisonner : tout s’est toujours très bien passé en répétitions, et puis mon partenaire est formidable, que veux-tu qu’il se passe de si terrible ? Tout va bien aller, c’est sûr ! Pourtant, je ne peux empêcher le trac de revenir à l’assaut de moi en me laissant de moins en moins de répit au fil des heures !

Je suis allée voir jouer ma grande au théâtre cet après-midi, j’étais émue, j’en avais les larmes aux yeux ; qu’elle a grandi, comme elle a progressé depuis l’année dernière ! J’ai oublié, le temps de deux heures, que ce serait mon tour ce soir. Et puis, dès qu’on est revenus à la lumière du jour, j’ai subi une nouvelle salve. J’ai des picotements au bout des doigts, tout mon corps qui se contracte, des douleurs dans les membres à force de me crisper, je cherche l’air, mes dents commencent à claquer. Je respire profondément, je fais le pantin désarticulé – excellent pour évacuer tout le stress accumulé l’espace de dix secondes, mais tout revient en force juste après ! J’ai fini avec la musique à fond dans le salon, à danser comme une folle, en fermant les yeux, pour me défouler un bon coup et empêcher les vagues de panique de me happer. Cela a marché quelques dizaines de minutes, et me voilà à nouveau sous l’emprise de la peur !

Je profite, tout de même. Car je sais que demain – ou peut-être même dès ce soir – la déprime sera là, toute entière en moi. Après avoir passé des mois à répéter, à revoir, à redire, à rejouer ma scène, des trajets en voiture à dire, réciter, chuchoter, chanter, crier mon texte, ce soir, après la représentation, ce sera le vide. Plus rien à répéter. Plus rien à se dire de façon presque rituelle le soir en s’endormant. Et rien pour remplir ce vide infini auquel la scène laissera place. Je sais que demain, je chancellerai. Je me sentirai d’abord soulagée, ce soir : ça y est, c’est fait, ça a marché (si, si !), ouuuuuf ! Plus de trac, plus de stress. Et puis demain matin, quand je me lèverai, j’aurai le réflexe de me dire mon texte et je me rendrai compte que je n’ai plus besoin de le faire. Je remarquerai tout de suite qu’un petit quelque chose manque. Plus de but grandiose. Plus de répètes. Bien sûr, nous nous verrons à nouveau, avec les personnes de mon groupe, mais ce ne sera plus pareil, nous ne serons plus « en construction ». Je sais que pendant quelques jours, je me sentirai toute chose, j’aurai comme un vague à l’âme, un petit vent frais s’installera dans mon cœur. Oh, pas bien longtemps, la joie reviendra vite prendre sa place. Mais quand même. Demain, j’aurai besoin de bien m’occuper. D’être entourée. Je le sais. Vous verrez !


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